Politique

Gabon - Sur quoi comptait finalement Alain-Claude Bilie-By-Nze ?

Trois ans après le coup d’État et les immenses espoirs qu’il avait suscités, le constat dressé sur l’évolution politique et sociale du Gabon est particulièrement sévère. Dans ce contexte de durcissement du pouvoir et de restriction progressive de la parole publique, l’emprisonnement d’Alain-Claude Bilie-By-Nze pose une question : sur quoi comptait finalement celui qui avait choisi de poursuivre ouvertement sa dénonciation du régime ?

Gabon - Sur quoi comptait finalement Alain-Claude Bilie-By-Nze ?

Au lendemain du coup d’État, les Gabonais ont massivement applaudi un discours de rupture prononcé par les militaires. S’en sont suivies d’immenses attentes, notamment en matière d’instauration d’un véritable État de droit et de mise en œuvre d’une justice sociale effective.
Trois années plus tard, les Gabonais dressent un constat amer : les mêmes familles riches sont devenues encore plus riches, tandis que la majorité des familles gabonaises se sont enfoncées dans la misère.
Il est désormais courant d’entendre des compatriotes évoquer l’apparition d’un phénomène jusque-là presque inconnu dans notre pays : des familles entières sans abri. C’est dire combien la promesse de justice sociale a été trahie par ceux-là mêmes qui affirmaient vouloir rendre sa dignité au peuple gabonais.

Des syndicalistes arrêtés, des journalistes interpellés, des responsables politiques interdits de quitter le territoire ou contraints à l’exil, des activistes menacés, des populations privées de l’accès aux réseaux sociaux et désormais exposées au risque d’une déchéance de nationalité.

De l’État de droit à « une République de l’intimidation et de la vengeance »

Après trois années de pouvoir, la grande réforme des institutions annoncée a finalement accouché d’une République de l’intimidation et de la vengeance.
Des syndicalistes arrêtés, des journalistes interpellés, des responsables politiques interdits de quitter le territoire ou contraints à l’exil, des activistes menacés, des populations privées de l’accès aux réseaux sociaux et désormais exposées au risque d’une déchéance de nationalité.
Ce n’est pas tout.
Des magistrats et des chefs d’entreprise disent subir des pressions. Des manifestations pacifiques sont interdites. Des familles dénoncent des enlèvements ou des crimes rituels et affirment avoir été victimes de violences ou de tortures.
Là encore, le constat est le même : la promesse d’un État de droit fonctionnel a été trahie par ceux qui prétendaient faire mieux que leurs prédécesseurs.

La liberté de ton étonnante d’Alain-Claude Bilie-By-Nze

Dans un contexte aussi peu favorable aux idées divergentes et au verrouillage progressif de la parole publique, Alain Claude Bilie By Nze s’autorisait pourtant une liberté d’expression si étonnante qu’elle en devenait presque suspecte.
Des constats d’échec qui faisaient mal au pouvoir.
Des podcasts retraçant une partie de l’histoire politique du Gabon, dont certains passages rappelaient étrangement au régime actuel ses propres insuffisances. Des conférences de presse révélant au grand public des analyses et des chiffres embarrassants pour le palais de Libreville.
Il portait haut et fort une voix dont la liberté de ton et de déplacement alimentait peu à peu les soupçons d’une prétendue entente secrète avec les autorités.
Pour certains, il n’était que l’homme peu crédible de l’ancien régime, propulsé comme principal opposant afin d’empêcher l’émergence d’une véritable opposition capable de rappeler qu’au fond, le président actuel est arrivé au pouvoir par le truchement d’un coup d’État.

Aujourd’hui, ce scénario est complètement tombé à l’eau.
Voilà plus de cent jours qu’Alain-Claude Bilie-By-Nze est enfermé dans une cellule sans possibilité de voir la lumière du jour. Plus de cent jours sans pouvoir simplement sortir marcher.
Il vit dans environ cinq mètres carrés.

Plus de cent jours enfermé dans une cellule

Aujourd’hui, ce scénario est complètement tombé à l’eau.
Voilà plus de cent jours qu’Alain-Claude Bilie-By-Nze est enfermé dans une cellule sans possibilité de voir la lumière du jour. Plus de cent jours sans pouvoir simplement sortir marcher.
Il vit dans environ cinq mètres carrés.
Pour mesurer cette réalité, faites deux pas et demi dans la longueur, puis deux pas dans la largeur. Voilà l’espace dans lequel il passe désormais ses journées.
Dans ces conditions, il devient de plus en plus difficile de croire que le pouvoir gabonais accordait, en secret, des privilèges à celui qui était présenté comme sa principale opposition.

Sur quoi comptait finalement Alain-Claude Bilie-By-Nze ?

Dans ce nouveau Gabon, qui a accentué plusieurs des dérives dénoncées sous les régimes précédents tout en étant désormais dirigé par des militaires, une question demeure.
Sur quoi comptait finalement Alain-Claude Bilie-By-Nze ?
C’est sans doute la question que l’on m’a le plus souvent posée ces dernieres semaines.
Lui qui pouvait parfaitement anticiper les dérives de ce régime, pourquoi a-t-il continué à le dénoncer ?
N’était-il pas plus sage de faire comme beaucoup d’autres ?
Se taire.
Accepter de collaborer.

« Il mesurait les risques »

À cette question, ma réponse personnelle risque de décevoir certains de mes lecteurs.
Mais c’est la seule que je puisse honnêtement apporter.
En s’engageant dans ce combat, Alain-Claude Bilie-By-Nze mesurait les risques. Il savait que le peuple gabonais, profondément marqué par la peur, ne descendrait probablement pas massivement dans la rue pour défendre sa cause s’il venait à être arrêté.
En revanche, je crois qu’il y a une chose qu’il n’avait peut-être pas anticipée.
L’espoir qu’il finirait par incarner dans le regard de milliers de Gabonaises et de Gabonais.
Cet espoir que les régimes précédents avaient peu à peu étouffé.
Cet espoir que le régime actuel avait fait renaître avant de le décevoir à son tour.

Devenir dépositaire d’une espérance

Voilà qu’à son tour, Alain-Claude Bilie-By-Nze devenait dépositaire de cette espérance. Une espérance encore minoritaire, peut-être, mais qui grandit jour après jour.
Pour ma part, je pense que s’il a refusé de se plier au diktat du général, c’est parce qu’il refusait, une fois encore, de voir naître une nouvelle déception dans le regard des Gabonais.
Alain-Claude Bilie-By-Nze a connu le pouvoir.
Il a connu les honneurs.
Il a connu l’argent.
Il lui manquait peut-être une dernière chose.

« Accomplir enfin la promesse »

Accomplir enfin la promesse qu’il s’était faite lorsqu’il était encore étudiant et militant : contribuer à bâtir un véritable État de droit et une véritable justice sociale au Gabon.
Voilà pourquoi, selon moi, il est aujourd’hui en prison.

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